Après les attentats : continuer de penser pour rester radicaux

Nous voulons partager des textes qui permettent de continuer à penser, au milieu de la médiocrité médiatique et des instrumentalisations odieuses des attentats de novembre.

Voir ici http://après.xyz/, le site, régulièrement actualisé, d’un copain qui répertorie des articles, des pages fesseBouc et touiteurs.

Et aussi :

Un monde immonde engendre des actes immondes : Ne pas renoncer à penser face à l’horreur par Saïd Bouamama

et le texte de Julien Salingue « Vos guerres, nos morts » http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/2015/11/vos-guerres-nos-morts.html

Un commentaire

  • 12 décembre 2015 at 10 h 15 min
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    Il y aurait, nous dit-on une guerre.

    Il y aurait une guerre entre des civilisations, la notre et la leur. Une guerre entre religions. Ou, plutôt d’une religion contre toutes les autres : juive, catholique, hindouiste, bouddhiste…et, au dessus de tout contre l’athéisme.

    Il y aurait dit-on une guerre. Une guerre d’un État – le dit « État Islamique » – contre tous les autres, sauf ceux qui, pour des raisons « géostratégiques », le soutienne secrètement. Et cette guerre-là serait exportée par de fins stratèges comme une forme de peste, portée par une cinquième colonne, radicalisée parait-il.

    De la guerre me semble-il, fusse-t-elle civile, ce que nous voyons n’a qu’un point en commun : les victimes. Les morts dans le sang, par les balles et les bombes : deux cent milles et plus. Les torturés dans leurs corps. Les femmes violées. Les traîtres exécutés. Les réfugiés ayant tout perdu. Quatre millions nous dit-on. Mais ce n’est pas une guerre, parce qu’une guerre même civile est vouée à avoir des vainqueurs ou qui se croient tels plutôt, et des vaincus.

    Il y aurait donc une guerre là-bas, une guerre civile et religieuse. Sans doute faudrait-il questionner les victimes et témoins. Et ils nous diraient : « ceux qui tuent, violent et torturent ne sont pas des nôtres : ce sont des étrangers. Venus de chez vous.  Ou de pays que l’on a pu penser frères, telles la Tunisie, l’Égypte…tous pays en déshérence et désespérance. Ne sont-ils pas aussi nombreux, ces soi-disant guerriers de Dieu, originaires de chez vous, que ceux de notre pays et plus cruels encore ? Nous ne sommes que les victimes de vos sociétés malades à en mourir. »

    Et ils ajouteraient : « Des guerres tribales, nous en avons connues. Et par Lawrence « d’ Arabie » dont vous avez gardé la mémoire comme celle d’une épopée, vous savez ce qu’il en est. Nous pouvons vous le dire : cela nous avons su le vivre, comme nous avons su survivre aux invasions, y compris vos barbares croisades. Nus avons su vivre votre emprise coloniale. Pas ceci qui est notre destin aujourd’hui. »

    Malades à en mourir : telles sont assurément nos sociétés occidentales. Et malades à faire mourir les autres. Je ne me sens nullement légitime pour parler de la désespérance qui imprègne et l’Égypte et la Tunisie et tant d’autres contrées, sur des registres bien différents. Mais pour ce qui concerne ce pays où je suis né et tout le riche Occident, je me sens le droit d’en parler, le devoir même.

    Par millions, nous avons importés, comme on importerait des matières premières, comme on importerait des machines – en y portant bien moins d’attention même – pas même des travailleurs : juste de la main d’œuvre. Et, parce qu’il le fallait bien, leurs femmes. Les uns ont construits nos nouvelles cités et fabriqué nos voitures jusqu’à l’usure de leurs corps. Les autres ont nettoyé, invisibles nos bureaux, préparé les repas dans les cantines où nous mangeons, soignés nos vieux parents…

    Nos dirigeants parlaient avec noblesse feinte de politique d’intégration pour ce qui les concerne, mais nous savions tous ce que l’on attendait de leurs enfants et des enfants de leurs enfants : qu’ils prennent la succession de leur pères et mères, continuent docilement à construire nos maisons, fabriquer nos voitures, nettoyer nos bureaux, préparer nos repas, soigner nos vieux parents dans une perpétuation de l’ordre existant…comme naguère les esclaves, mais sans que l’on puisse recourir au fouet ni les marquer au fer rouge, si ce n’est métaphoriquement. Juste comme de purs clones prédestinés à cette faveur que nous leur accordions : celle d’être parmi nous à nous servir.

    Et ce rêve fou déjà, n’a pas même pu s’esquisser : nos voitures et tous nos objets, n’est-ce pas, sont désormais fabriqués dans un ailleurs lointain, par la main d’œuvre la plus docile et la moins chère que l’on puisse désirer…

    Alors ces enfants et les enfants de ces enfants se sont trouvés voués à la pure passivité ou à la révolte absolue, L’une et l’autre méthodiquement préparées et par la frustration sexuelle et par la déréalisation des jeux virtuels et par ces substances que vos gouvernements veulent illicites, pour mieux nourrir toutes les mafia du mondes, et toutes les pires des dites guerres civiles.

    Et assurément, dans ces massacres, les corps torturés, ces femmes violées et ce peuple en exil, il ne faut rechercher la cause dans ces jeux géostratégiques qui ne font qu’en profiter et s’en nourrir. Sans doute même, bien plus, ne faut-il voir dans notre mauvaise conscience exprimée « voilà les résultats dramatiques des colonisations de naguère », qu’une simple excuse, un masque pour nous dissimuler non sans mauvaise foi, les vrais taches endogènes et actuelles, qui rongent notre société. Il est si aisé de faire porter les maux de ce jour pour concéder quelqu’acte de repentance, aux fautes de nos ancêtres.

    Oui, là est la racine du mal, dans une société du spectacle naguère dénoncée, aujourd’hui acceptée, désirée même, cette société du spectacle arrivée à son paroxysme, advenue à sa masse critique. Et s’il fallait maintenant parler de guerre, ce serait celle des classes que l’on devrait évoquer. Pour comprendre que ces révoltes individuelles nihilistes bien qu’invoquant Dieu, ne sont rien d’autre que l’expression la plus vaine et mortifère de la révolte contre le capital : très précisément parce que nos sociétés ont créé en chacun la division absolue du spectacle et dans même temps a voulu se (re)constituer un prolétariat d’esclaves…

    Mais bien entendu, tout cela est masqué et par ces suicidés de la société et par ceux bien nombreux, trop nombreux, qui nous parlent juste de jeunes  radicalisés. Mais il ne s’agit pas de cela. Le terme de radicalisation désigne un glissement progressif. Comme si ces dits fanatiques avaient été dans un premier temps, des musulmans modérés, puis convaincus peu à peu, que la vraie religion, l’authentique croyance devait revêtir une autre forme, plus intransigeante, plus pure. Comme à l’instar de ce qui nous est dit des drogues douces, qu’elles conduiraient inéluctablement vers les drogues dures…que cette religion-là est donc en elle-même, condamnable, obscurantiste…Mais nul ne peut ignorer sauf à le vouloir, qu’il n’en est rien : ces dits fous de dieu étaient hier qui dealer, qui fêtard, qui Don Juan de bas étage, parfois tout cela ensemble. Et chacun devrait se souvenir que, de Cordoue à Damas, l’Islam fut la lumière du monde, en des temps obscurs pour notre Occident si sûr de lui. Lumière et fête de l’intelligence, de la pensée des arts. Avicenne, Ibn Arabi et tant d’autres en demeurent l’incarnation et la preuve.

    J’ignore quant à moi, si je crois en l’existence de Dieu – lui seul le sait – mais ce que je puis dire, c’est que je ne crois pas en l’existence des religions. Ou disons, en leur consistance qui en feraient des objets perceptibles et définissables aux contours stables autant que nets. Les religions ne sont rien d’autre que des miroirs déformants, reflétant le meilleur et le pire de l’humain. Terrifiante anamorphose : elles nous renvoient aujourd’hui la pire des images. La nôtre. Celle de notre société fondée sur l’absolue pornographie des corps, de la souffrance et de la mort. Et de la jouissance spectaculaire de ceux-ci.

    Il y aurait une guerre entre des civilisations, la notre et la leur. Une guerre entre religions. Ou, plutôt d’une religion contre toutes les autres. Ou plus exactement, une guerre entre la barbarie et civilisation. Notre « civilisation », bien sûr, puisque toutes les autres ont été annihilées. Par nous. Car la barbarie ne se trouve nulle par qu’en nous-même, en notre monde.

    Claude Maurienne

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