Du Pavé à la Trouvaille !

Pour nous, il y avait urgence à s’arrêter, s’asseoir et réfléchir… après 7 années d’expériences intenses au sein de la coopérative d’éducation populaire Le Pavé.

MANIFESTE DE FONDATION DE LA TROUVAILLE

C’est ce que nous envisageons de faire pendant les mois qui viennent.

Nous souhaitons prendre le temps de nous mettre en jachère, de nous nourrir et faire avec des ailleurs, des expérimentations radicales croisées et à découvrir.

« Nous » ?

Dissolution du Pavé

Nous sommes Annaïg Mesnil et Alexia Morvan (cofondatrices du Pavé) et Katia Storaï (cofondatrice de la Coopérative du Vent Debout à Toulouse), avec le soutien d’Audrey Pinorini (coopérative de l’Orage à Grenoble) et d’autres collègues et allié.e.s.

Nous souhaitons nous servir de notre histoire commune au sein du réseau Grenaille (le Pavé à Rennes, Vent Debout, L’Orage, L’Engrenage à Tours) pour la transmettre et en tirer des enseignements. Nous prendrons le temps d’apprécier ce que cette histoire commune doit aux expériences antérieures et à toutes celles rencontrées dont nous nous sommes inspirées.

Nous faisons le pari que la portée de nos actions en sortira plus forte, plus humble et plus transformatrice.

Héritières de la richesse des expériences du Pavé comme de leurs limites, nous voulons nous en inspirer et tenter de ne pas reproduire ce que nous critiquons.

« Refusez de parvenir », comme le conseillaient les militants ouvriers du siècle précédent. Nous souhaitons garder le meilleur de l’expérience du Pavé et pour cela la débarrasser de ses effets mystificateurs, qui nous semblent davantage sources de dépendances et générateurs d’impuissance, que de transformations effectives. Il s’agit notamment de rendre hommage, chaque fois que c’est possible, au patrimoine des autres expériences, de nommer ces héritages et les conditions d’accès aux savoirs dont nous jouissons, de sortir de la création d’une « aristocratie » de l’éducation populaire politique. De continuer à œuvrer à une coopérative de savoirs faire de lutte !

Nous souhaitons ne plus avoir le sentiment de  « papillonner », d’ouvrir des possibles sans se mettre à l’épreuve des contradictions et freins concrets, et voulons inscrire notre action dans des chantiers d’accompagnement à plus long terme.

Nous voulons réfléchir et créer une structure qui offre les conditions matérielles favorables pour poursuivre notre exploration de l’éducation populaire politique, dans des champs que jusqu’ici nous n’avons que touchés du doigt.

Voilà donc une ébauche d’une structure en devenir :

La Trouvaille

Expériences, savoirs et stratégies communes pour l’égalité

La Trouvaille, parce que « travailler c’est trouvailler »1, c’est refaire autorité sur son métier. C’est avoir les conditions favorables, dans son travail, pour chercher, tâtonner, être en échec, puis faire une ou des trouvailles pour fabriquer des règles de travail. C’est avoir les espaces collectifs propices pour confronter cette ou ces trouvailles, de manière contradictoire et en respectant la singularité des pratiques, avec ses collègues, pairs, pour enrichir des règles de métier, là ou le management s’applique à les détruire.

Nous choisissons ce nom à l’heure de la transition entre Le Pavé et notre future aventure. Nous nous autoriserons à préciser, faire évoluer ce qui fait l’identité de cette future expérience y compris, si il le faut, le nom lui même.

Ce qui est nécessaire pour nous refonder :

Du temps pour : la recherche, les expérimentations, les rencontres, des chantiers, du tâtonnement, des échecs et des trouvailles.

De la coopération avec d’autres structures, d’autres aventures politiques, d’autres points de vue pour s’essayer, produire de l’intelligence collective et faire de l’exemplarité un contre pouvoir.

Des conditions matérielles qui permettent le travail d’analyse, de réflexivité, d’autocritique, de praxis (aller retour permanent entre la réflexion et la mise en pratique) qui constitue un des fondements de notre démarche.

Une organisation du travail respectueuse de ses travailleu-r-ses, cohérente avec le projet politique des sujet-te-s qui la composent.

L’appropriation et la production de grilles d’analyse qui permettent de qualifier finement les dominations à l’œuvre, pour produire collectivement les moyens de la libération et imaginer les chemins des émancipations.

Une activité, plus stratégique c’est à dire moins vaste, moins dispersée, plus collective, plus ancrée et dans la durée. Cela pourrait être notre nouveau cap pour tenter également de contrer les effets de la marchandisation.

Sortir des logiques individualistes, de la théorie de l’acteur, de l’adage « quand on veut on peut » et de la dérive psychologisante dans laquelle nous nous sommes souvent pris les pieds ces dernières années.

En clair, qu’est ce qu’on a envie de faire ?

Un labo populaire, une structure qui puisse faire de la collecte de savoirs faire de lutte au travers :

  • de l’accompagnement d’action-recherche, méthode qui consiste à créer du savoir et de l’action en repartant des  pratiques, doléances, cahiers de revendications, pour repenser et transformer les structures
  • d’interventions, de séminaires, analyses institutionnelles auprès de collectifs/équipes/collectivités sur des thèmes comme la démocratie interne, la mission de service public, l’organisation du travail, la question des discriminations au sein des structures et des équipes…
  • de l’animation et la co-animation de formations in situ et formations thématiques en fonction des terrains de recherche explorés
  • d’un espace de ressources, de publications, de productions écrites, audio, vidéo

Pour ce faire, nous serons une petite équipe,  avec une autogestion à taille humaine. Un premier cercle de salarié-e-s et la possibilité de travailler avec d’autres collègues, copains, camarades. Une équipe restreinte mais des coopérations multiples.

Nous envisageons une entrée thématique, pour un an ou plus selon l’avancée des chantiers, qui porterait sur l’organisation du travail, afin d’approfondir, amender et donner des suites collectives et transformatrices à notre critique sur le management. Nous verrons pendant la jachère à venir quel cadre nous semble le plus pertinent.

Nous voulons poursuivre le travail de critique incarnée des systèmes de domination et d’oppression à l’œuvre (patriarcat, racisme, capitalisme, colonialisme, agisme, hétéronormativité) et mettre en œuvre les modalités pédagogiques et pratiques de lutte contre leurs effets.

Nous souhaitons contribuer au travail collectif autour de l’écriture du métier d’éducatrice/éducateur populaire, dans des espaces de réseau, avec nos actuel-le-s et ancien-ne-s collègues.

Ce que nous savons faire / Ce que nous avons envie de garder/continuer (les enseignements)

  • Transformer en prenant en compte les conditions matérielles de chacun-e-s
  • Travailler nos histoires pour en redécouvrir les héritages, les déterminismes, pour se positionner et pour trouver le chemin des alliances et des actions transformatrices
  • Animer des espaces, des temps, des groupes en formation
  • Prendre soin des gens, des espaces de travail
  • Travailler collectivement à populariser des grilles de lectures théoriques complexes pour mieux les alimenter et les utiliser (conférences gesticulées, techniques de lecture collective, écriture collective)
  • Créer de la vigilance sur les rapports de domination dans un groupe et réfléchir aux modalités de transformation pour limiter leur reproduction
  • Créer les conditions d’une mobilisation par la co-construction d’analyses critiques en repartant de nos vécus respectifs (travail d’enquêtes sensibles)
  • Ouvrir des espaces qui autorisent les utopies concrètes et les traduire en avancées institutionnelles (nouveaux droits, politiques publiques, règles de métier)
  • Faire classe et faire alliance qu’on soit directement concernées par des oppressions ou en soutien matériel et empathique

Nous savons et sommes aussi…

  • diplômées en travail invisible
  • faire des apports théoriques devant plus de gens que sa mère ou ses meilleurs potes au bistrot
  • pas se la péter !
  • rien faire, glander, être oisives (on y bosse)
  • des apprenties sorcières

Nos échéances

On se verrait bien commencer mi-2015 histoire d’avoir du temps de jachère et de nomadisme et d’honorer nos derniers engagements.

Parce qu’on ne sort pas de la cuisse de Jupiter : celles/ceux/ce qui nous inspire (en vrac)..

  • Les grilles théoriques sur les rapports sociaux de dominations et l’intersection entre racisme, capitalisme, colonialisme, patriarcat
  • Les mouvements sociaux pour l’égalité en général…
  • … et en particulier les mouvements sociaux féministes pour l’égalité : les féministes matérialistes, le féminisme post colonial, le black feminism, le MLF, les sociologues, philosophes, géographes, historiennes… les travailleuses, ma mère, ma grand-mère et toutes les sorcières dignes de ce nom !
  • Les critiques d’inspiration marxiste du capitalisme, au travers de l’organisation du travail, de l’industrialisation, de la marchandisation des métiers, du langage, de l’appropriation du corps des femmes
  • Les thèses et les perspectives émancipatrices du collectif Réseau Salariat, la cotisation sociale généralisée, le salaire à vie
  • Les expériences d’anarcho-syndicalisme (les bourses du travail, la grève générale, le syndicalisme à visée révolutionnaire)
  • La servitude passionnelle dans la pensée spinoziste
  • Les expériences des groupes Medvedkine
  • Les expériences de communisme libertaire et d’autogestion dans l’histoire, les communes, l’Espagne entre 1936 et 1939, Oaxaca en 2006, l’EZLN au Chiapas…
  • Les idées et expériences des luttes tiermondistes
  • Les expériences radicales et les méthodes de développement d’esprit critique tournées vers l’action, issues des mouvements d’éducation populaire en France et à l’international : cercles d’étude, enquêtes de conscientisation, entraînement mental, pédagogie de la démocratie, le théâtre de l’opprimé, pédagogie des opprimés

6 commentaires

  • 28 mars 2015 at 15 h 22 min
    Permalink

    Vous allez trouver « cheulou » mon message….
    Mais j’le fais quand même !

    Voilà, je découvre ce premier texte, je voulais vous dire que : « j’en suis fort aise ».
    Bon courant d’air dans vos neurones, accrochez vous au cerf-volant, 1, 2, 3, volez !

    La bises à zot’ toutes et bon spinoconatus…

    Reply
  • 2 avril 2015 at 5 h 25 min
    Permalink

    Salut,

    Annaïg et Alexia, j’ai découvert votre conférence gesticulée sur le management hier soir et je me suis endormi dessus. Alors j’ai fini de la regarder ce matin tôt, après un moment de gambergeage dû aux modifications apportées à mon travail par l’arrivée d’un nouveau gestionnaire. Donc je voulais vous dire merci. Et puis cette petite chanson à la fin, ça m’a fait vraiment du bien. Parce qu’avec leur management pourri, on oublie que les patrons passent peut-être leur temps à se faire croire qu’ils sont heureux en dépensant leur fric, mais que nous, on a le droit d’être heureux même si on a peu. De la poésie, merde!

    Je découvre à la faveur de mes recherches internet que Le Pavé n’est plus/est de nouveau, mais autre chose. J’ai hâte de vous voir essaimer. Merci.

    Reply
  • 3 mai 2015 at 14 h 23 min
    Permalink

    Très intéressée par votre réflexion, j’attends la suite avec impatience pour savoir s’il y aura, un jour, une petite place pour moi, à la retraite fin juin, une prof passionnée par son métier et heureuse de l’avoir exercé -j’ose le dire!-, et par la réflexion pédagogique et politique , une prof que les étudiants avaient surnommée « La petite sorcière ».
    Que puis-je apporter? pas grand chose mais apprendre, certainement beaucoup!
    A très vite?!
    Liza http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Fantastique/witch.gif

    Reply
  • 23 mai 2015 at 21 h 36 min
    Permalink

    J’ai hâte de voir les choses se mettre en place ! Bonne « jachèrisation » !

    Reply
  • 28 janvier 2016 at 12 h 51 min
    Permalink

    –continuez…

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *