Pour une éducation populaire politique – Thèse d’Alexia Morvan

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These education populaire politique Alexia Morvan

 

Résumé officiel

 

Je m’intéresse à une articulation particulière, entre expériences d’éducation populaire et intention d’éducation au politique. Je nomme « éducation populaire politique », des pratiques d’éducation populaire qui viseraient explicitement à soutenir l’exercice politique des citoyens en vue de leur émancipation et de la transformation sociale. Les enjeux de ma recherche concernent donc le champ de l’éducation populaire et les pédagogies critiques, la question de la politisation et sa dimension démocratique, avec les idées de l’émancipation et de la transformation sociale. Elle se situe à la croisée des sciences de l’éducation et des sciences politiques, de la philosophie, de la sociologie et de la psychologie. Je privilégie une orientation épistémologique de mise en perspective des pratiques observées en cherchant à établir des liens, des relations constantes et régulières avec d’autres phénomènes – posture privilégiée par la Théorie Critique1 et l’approche multiréférentielle2.

 

Dès les rapports sur l’instruction et l’éducation publique à la fin du XVIIIème siècle et les expériences naissantes de l’éducation populaire fin XIXème-début XXème siècle, il est question d’inventer une éducation pour la démocratie. Quelles en sont les caractéristiques, les référentiels, les enjeux, les limites ? Comment évoluent les rapports qu’entretiennent les protagonistes de l’éducation populaire à la question politique ? En quoi l’éducation populaire a-t-elle soutenu et encourage-t-elle la politisation ordinaire des citoyens pour leur émancipation et la transformation sociale ? Je propose dans la première partie de la thèse une histoire politique de l’éducation populaire à travers l’identification de six périodes. Le fil directeur de cette chronologie tient au rôle joué par la spécialisation contre la capacité critique de l’éducation populaire. J’analyse ensuite quelques cas pour illustrer des déplacements de positionnement de l’Education populaire aux frontières du politique. Je conclus cette partie par un état des lieux des figures de l’éducation au politique en éducation populaire.

 

La deuxième partie de la thèse traite du chantier théorique de l’éducation au politique. Elle s’ouvre sur les enjeux de luttes symboliques autour des définitions des deux termes « politique » et « démocratie ». Elle se resserre ensuite sur les travaux qui abordent l’objet « éducation au politique ». Des philosophes traitent de l’éducation au politique mais laissent de côté l’angle pragmatique et les dilemmes que soulèvent les politistes. Les pédagogues qui ont développé l’éducation au politique scolaire restent très inspirés par l’éducation civique et la « forme scolaire ». Dans le champ même de l’éducation populaire en France, la question est presque désertée même si elle fait très récemment l’objet de travaux stimulants. L’œuvre majeure en relation avec l’objet de cette thèse  se trouve au-delà de nos frontières : la pédagogie de Freire et de ses descendants.

Ces travaux m’ont incitée à élaborer le cadre théorique spécifique d’une éducation populaire politique. En premier lieu se trouve le concept d’émancipation et celui d’aliénation auquel il est dialectiquement lié. Mais il s’agit d’une émancipation toujours « en puissance », que nous devons sans cesse ré-éprouver, d’où découle l’exercice de la critique. Un premier axe théorique concerne effectivement le travail de cette conscience critique et argumente, le lien qui unit conscience et vie pratique (Marx), le caractère social de la conscience et l’unité des processus affectifs et intellectuels (Vygotski). Une deuxième étape théorique puise dans les travaux de la théorie de l’économie des grandeurs [Boltanski et Thévenot (1991) ; Boltanski et Chiapello (1999)] sur les justifications de la critique et les formes historiques de la critique du capitalisme. Un troisième nœud théorique développe ce que j’entends par démocratie, politique et politisation. Je postule ainsi que l’émancipation n’est qu’une possibilité, une marge, qui doit être travaillée par une condition que je pose comme hypothèse : instruire rigoureusement les conflits. Concrètement l’éducation populaire politique consisterait à proposer en groupe des espaces temps en vue de :

  • dire le monde tel qu’il est en identifiant les lieux du conflit,
  • dire le monde tel qu’on voudrait qu’il soit,
  • et exercer une volonté collective quant à la façon de vivre.

 

La troisième partie fonde l’entrée empirique de la thèse. Le terrain d’étude est une recherche-action initiée entre 2003 et 2007 en Bretagne par un groupe d’acteurs de l’éducation populaire en quête d’une éducation au politique, et son prolongement dans l’action d’une coopérative d’éducation populaire (Le Pavé) de 2007 à 2010. La recherche-action est de type émancipatoire à dominante existentielle, inspirée par Barbier et la pédagogie de l’indignation de Freire. Cette méthode qualitative et inductive implique une posture spécifique du chercheur qui privilégie l’implication personnelle directe dans la durée.

 

J’ai organisé mon travail de recherche sur les données de l’enquête dans quatre directions issues de ma problématique. Dans un premier temps (a) en partant de l’expression des situations problèmes par les participants (mobilisation) ; dans un deuxième temps (b) en étudiant la montée en conscience, l’exercice collectif de la critique (approche par sous-groupe) puis (c) les épreuves de grandeurs au moment des disputes (groupe plénier) pour tenter de reconstituer des modèles collectifs d’éducation au politique et les mettre en rapport avec d) les apprentissages émancipateurs et les effets de transformation vécus par le groupe. Cette dernière direction se prolonge dans l’examen des pratiques d’éducation au politique d’une nouvelle institution engendrée par cette recherche-action, une coopérative d’éducation populaire nommée le Pavé (hétéro éducation au politique). La thèse se conclut sur une note d’exploitation des résultats de l’enquête au regard des hypothèses posées.

1 RENAULT, E. et SINTOMER Y. (collectif) Où en est la théorique critique ? La Découverte, 2003, pages 6-7

2 ARDOINO, J. « L’approche multiréférentielle (plurielle) des situations éducatives et formatives » dans Pratiques de Formation/Analyses, N°25-26, 1993, université Paris VIII, formation permanente, p. 19

 

 

 

Sommaire Résume Intro générale Conclusion générale

Table des annexes

Annexes 1 à 15

Annexes 16 à 31

 

4 commentaires

  • 7 décembre 2015 at 16 h 41 min
    Permalink

    Bonjour, actuellement en master 2 management associatif, à la Réunion, je travaille actuellement sur l’élaboration de mon mémoire.

    Je souhaite travailler sur la capacité des associations d’éducation populaire à innover, afin de continuer à garder et développer leurs valeurs, dans le contexte politique et économique actuelle ( raréfaction des finances publiques, orientations des structures associatives vers des financeurs privés, marchandisation des activités sociales, difficulté à évaluer, prouver, valoriser la création de richesse sociale…)

    Dans ce cadre, serait-il possible d’avoir accès à cette thèse?

    Dans l’attente de vous lire.

    Adeline T

    Reply
    • 6 janvier 2016 at 13 h 02 min
      Permalink

      Bonjour Adeline,
      Voilà, c’est plus clair maintenant : tu peux cliquer en haut de l’article sur le lien pour télécharger la thèse. Et en bas de page pour les annexes.
      Bien à toi
      Les trouvailleuses

      Reply
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