Stage enquêtes conscientisantes

  • Stage : Enquête de conscientisation !

Nous voudrions ressusciter une méthode d’éducation populaire oubliée : l’enquête de conscientisation. Ces enquêtes visaient à connaître les conditions de vie des classes populaires et, par la méthode, à en faire prendre conscience par les personnes elles-mêmes. Cette enquête permet ensuite de construire des revendications politiques, syndicales, sociales, familiales s’appuyant sur les témoignages et les analyses des gens eux-mêmes. Cette formation se donne pour mission de s’instruire sur cette méthode et de s’en inspirer pour construire un outil militant d’intervention sur les lieux de travail, de consommation ou dans le quartier. Cet outil sera construit dans la première journée et expérimenté les jours suivants sur le terrain, c’est-à-dire sur site à proximité du stage.

Découverte de la démarche

Présentation

Objectif de La Trouvaille : ressusciter, réinventer une méthode d’éducation populaire, l’enquête de conscientisation, s’instruire sur cette méthode, construire un outil d’intervention (sur les lieux de travail, de vie, de consommation…)

Ce stage est un cadre expérimental proposé par la Trouvaille avec un déroulement en 4 étapes :

 

comprendre de quoi il s’agit (découvrir l’outil)

 

préparer collectivement une enquête (questionnaire, avec proposition de quelques terrains)

 

expérimenter nous-mêmes cette enquête (mini test, s’initier)

 

en analyser le fruit en vue d’une restitution et d’une action collective

Au nom de quoi nous avons ressorti ce(s) outil(s) des cartons ? L’intérêt d’après nous ?

L’enquête est ici utilisée dans une perspective d’émancipation (de ceux qui enquêtent comme des enquêtés). On veut :

 

fabriquer nos propres outils d’information, aller à l’encontre de la propagande médiatique, proposer une contre-éducation politique (anecdote sur le % d’ouvriers en France, les étudiants en sociologie interrogés là-dessus se plantent complètement parce qu’on a réussi à faire disparaître l’image de l’ouvrier dans nos têtes, nos représentations)

 

partager notre enthousiasme par rapport à ces traditions que nous avons (re)découvertes, stimuler notre créativité en terme de pratique d’éducation populaire, sachant que la plupart de ces outils militants ont fécondé plusieurs mouvements d’éducation populaire et les courants pédagogiques émancipateurs dans l’école

 

proposer une méthode pour rencontrer des gens, construire les problèmes avec les gens concernés, inverser les rapports de savoirs-pouvoirs « ceux qui vivent les réalités sont sources de savoir »

 

s’armer de connaissances sur le problème soulevé (connaissances concrètes, arguments) et susciter des conflits d’idées, des débats

 

un prétexte pour mobiliser, travailler des revendications, des propositions de transformation ancrées sur le potentiel et les préoccupations des gens et leurs savoirs de luttes (qui ne circulent pas dans les médias), développer des prises de conscience individuelles et collectives vers l’action collective

 

les gens ne manquent pas d’envie de se révolter c’est l’éducation populaire qui ne leur offre pas assez de lieu pour se politiser ensemble de manière ordinaire (et non les prier d’aller voter de manière extraordinaire) : D. Lapeyronnie1 invitait l’éducation populaire au travail d’explicitation sociale et politique des inégalités avec les classes populaires.

L’enquête qui nous intéresse est une forme militante de «recherche méthodique reposant notamment sur des questions et des témoignages» à visée de connaissance de la réalité sociale et surtout outil de libération des opprimés, c’est-à-dire au-delà de la collecte d’informations moyen de conscientisation et d’organisation.

Il s’agit d’une conscientisation dialectique action-réflexion, « méthode d’action, pédagogie de l’engagement, éducation libératrice » (cf Colette Humbert2), qui fait le lien avec une prise de position vis-à-vis de système de domination.

Conscientiser l’enquêté ou conscientiser soi-même ?

Les deux !!!

Deux définitions de la conscientisation (par Raymond Debord, collectif québécois de conscientisation) :

« Processus par lequel des hommes et des femmes des couches populaires s’éveillent à leur réalité socio-culturelle, repèrent, pour les dépasser, les aliénations et les contraintes auxquelles ils sont soumis, s’affirmant en tant que sujets conscients de leur histoire »

« Processus d’apprentissage et d’interinfluence entre des groupes de personnes de la classe populaire, immergées dans des situations d’exploitation, de domination et d’aliénation, et des intervenantes et intervenants intérieurs ou extérieurs à la classe populaire, interpellés par ces situations et visant à les changer dans une interaction dialectique avec un processus plus global de transformation politique de la société »

D’où l’intérêt de rebaptiser peut être la formation « enquête conscientisante » !

D’autres préfèrent au terme d’enquête celui d’entretien, pourquoi pas de reportage populaire, enquête ça fait penser à policier, judiciaire…

Le tour de nos sujets d’indignation, de militantisme, nos adversaires ?

En se présentant l’idée est de lister ses envies de chantier pour les enquêtes, thèmes de préoccupation, une manière de faire connaissance et d’anticiper la constitution de groupes d’enquêtes de l’après-midi

Enquêteurs enquêtés !

Mise en place de binômes – le but : que chacun(e) puisse éprouver un questionnaire d’enquête. Le questionnaire utilisé est la célèbre enquête ouvrière de Marx (1880) réduit et réécrit pour l’adapter au contexte et au stage à 36 questions (questionnaire joint au compte rendu, version courte et intégrale)

Présentation des différentes méthodes d’enquête : sociale, ouvrière, de conscientisation, sensible, action…

Le point de départ est la prise en compte des situations vécues par les groupes de personnes de la classe populaire. Il s’agit de susciter par les « enquêtes », questionnaires ouverts ou cahiers, la prise de parole par les personnes exploitées ou opprimées. On ne se libère pas seulement avec des idées, mais en posant des actes qui eux mêmes contribueront à modifier les consciences, en cherchant des réponses aux questions immédiates. Partir d’une problématique individuelle, locale ou sectorielle pour aller chercher les causes derrière les faits et dégager des perspectives globales. Interpréter ensemble les données recueillies. Rechercher des pistes d’action collective.

On connaît différentes traditions d’enquêtes, usages et déclinaisons au fil de l’histoire, des cahiers de doléances à aujourd’hui : enquête ouvrière, sociale, populaire, de conscientisation… 

La préhistoire des enquêtes : les cahiers de doléance à la Révolution Française

L’ancêtre des enquêtes dont nous parlons : les cahiers de doléance au moment de la révolution française de 1789, le peuple fait remonter ses exigences par écrit, de manière collective et organisée pour revendiquer une transformation radicale des rapports socio-économiques et politiques. Les débats qui ont cours au sujet des situations qui indignent les paysans, le Tiers-Etat, la formulation de revendications, le passage à l’écriture, en font de véritables moments d’éducation populaire3 (entendue comme travail de la culture dans la transformation sociale). C’est ce temps d’élaboration collective, d’expression contradictoire, de partage de situation de souffrance ou d’abus et en creux de nouveaux droits à faire naître qui fait passage à l’acte. On peut d’ailleurs noter que cette pratique s’est retrouvée dans le mouvement contre le CPE récemment en Ile de France, et aussi dans les propositions d’une université populaire du 18ème arrondissement de Paris qui propose un atelier d’écriture publique de doléances), et y compris dans Les Cahiers de l’Espoir, Le dire pour agir, du Secours Populaire (vaste campagne visant à recueillir des témoignages écrits, sur l’exclusion, la misère, l’espoir. Véritable cahiers de doléances des Temps Modernes, ces cahiers ont circulé partout, dans tout le pays, dans tous les comités départementaux). Une sympathisante a créé un site interne « monlogementpourri.com » pour faire remonter les doléances des jeunes sur les problèmes de logement (version cahier de doléances).

Le premier cycle d’enquêtes est provoqué par « la question sociale »

Les premières expériences d’enquête ouvrière et sociales datent de l’après révolution industrielle (1776 en Angleterre) : aux débuts de la sociologie et du mouvement ouvrier, qui rendent palpable la « question sociale », hiatus entre la promesse d’égalité, de liberté (les valeurs de la République) et la réalité concrète des ouvriers, qui s’abîment à l’usine.

La révolution industrielle, plus tardive à se répandre en France qu’en Angleterre, s’établit dans la première moitié du XIXème siècle, lentement d’abord, puis plus rapidement après 1830. L’exploitation des ouviers, la déqualification et la division du travail s’intensifient à partir des années 1820-1830, avec l’introduction progressive du machinisme dans la petite industrie. Toute une tradition naissante d’enquête sociale (notamment avec les premiers sociologues et des militants ouvriers) met en lumière cette dégradation des conditions de vie des classes populaires dès 1840 (Flora Tristan, Rapport Villermé, Le Play, …et plus tard Marx – cf enquête en annexe). Et ce partout en Europe : en Grande-Bretagne4, en Espagne, en France… Celles de Villermé sur les ouvriers du textile en 1840, de Le Play sur les ouvriers européens (1855), de Buret sur la misère française et anglaise, et d’autres intellectuels qui en voyant les changements impliqués par la révolution industrielle s’intéressent aux conditions de vie des ouvriers. Moment de frénésie sociographique comme en témoigne dans la littérature les grands cycles romanesques réalistes (« la comédie humaine » de Zola) ou la vogue des tableaux de mœurs et des physiologies sociales.

Nous nous intéressons surtout aux enquêtes dans la tradition du mouvement ouvrier fin XIXème siècle qui se sont penchées sur les changements impliqués par la Révolution industrielle et se sont intéressées aux conditions de vie des ouvriers, en leur donnant la parole pour décrire leur situation et leurs aspirations mais aussi pour organiser leur défense. Le mouvement ouvrier voulait doter les classes populaires de leur propre outil de connaissance pour dénoncer les injustices. Processus d’apprentissage et en même temps source de solidarités, des cercles d’étude et des comités d’enquête ouvrière ont permis à des groupes de se doter d’outils d’observations, de connaissances communes et de faire naître des actions de résistance.

D’où les différentes formes d’actions éducatives entreprises par les sections de l’internationale dans les différents pays, les associations éducatives adhérentes ou sympathisantes, les organisations politiques affiliées, les associations coopératives et professionnelles affiliées ou collaborant ou fondées par celle-ci (dans leur rôle naissant d’information, de collecte aussi de données, à l’origine des statistiques nationales)5.

Pelloutier, le père des bourses du travail (première en 1887) voulait « donner aux ouvriers la science de leur malheur », et aux bourses un rôle important de formation économique et de centres d’information ouvrière. Il avait imaginé même qu’on trouve dans chaque bourse des musées vivants du travail, pour donner aux ouvriers les moyens d’observer les phénomènes sociaux.

« il faudrait offrir au peuple le moyen d’observer par lui-même les phénomènes sociaux et d’en dégager toute la signification. Or, quel autre moyen que de lui mettre sous les yeux la substance même de la science sociale : les produits et leur histoire ? (…) telles sont les préoccupations de mainte bourse ». Comment y satisfaire ? En créant un musée subdivisé en autant de sections qu’il y a d’unions ouvrières et qui annexe à l’échantillon de chacun des produits manufacturés toute son histoire. Les ouvriers connaîtraient ainsi en quelques minutes d’où vient le tissu mis sous leurs yeux ; les contrées diverses où il se fabrique ; son prix de revient ; le nombre d’ouvriers qu’exige sa fabrication ; leur salaire ; ce qu’ils dépensent pour vivre ; combien ils travaillent d’heures par jour et de jours par an ; le prix de vente en gros et au détail du tissu ; le nombre, la nature et la productivité des machines qui l’ont tissé ; tous ces chiffres tenus à jour, et indiquant constamment la situation comparative du capitaliste et de l’ouvrier, du producteur et du consommateur, de telle sorte qu’après peut de temps cette vérité éclatât aux yeux des ouvriers de l’industrie textile

Le deuxième cycle d’expériences d’enquête jaillit du mouvement de rénovation pédagogique

Ce deuxième cycle correspond à une importante réflexion pédagogique dans la formation ouvrière aussi bien que dans les mouvements pédagogiques, au cours de la première moitié du XXème siècle. L’expérience des universités populaires a marqué tant les organisations du mouvement ouvrier, que les militants de l’éducation populaire ou les intellectuels : le souvenir d’un rendez-vous manqué entre savoirs « froids » et savoirs « chauds ».

La désillusion des animateurs d’universités populaires est palpable dans certaines traces des expériences d’université populaire : défaut de méthode dans le choix des sujets, tendance au savoir encyclopédique « bien loin de donner aux ouvriers l’esprit scientifique, on les a dégoûtés d’une science parcellaire. » Les intellectuels disposent du temps et du savoir et peu d’occasions sont offertes aux ouvriers pour évoquer leurs métiers et leurs conditions. Les ouvriers estiment qu’on ne parle pas assez de leur actualité. La scène est dominée par la présence des intellectuels. Cette asymétrie provoquera des tensions, certaines universités populaires se scinderont et les militants ouvriers dans certains lieux déserteront. Parallèlement, la fin du XIXème siècle est marquée par une période intense de réflexions et d’expériences qui vont révolutionner l’éducation en différents endroits : les expériences d’écoles nouvelles se multiplient partout en Europe et en Amérique du Nord. Ces questions de rénovation pédagogique influent les expériences d’éducation populaire et font émerger de nouvelles attitudes pédagogiques. Après la 1ère guerre mondiale, les méthodes d’enquête sont préconisées aussi bien dans les formations ouvrières que dans les pédagogies émancipatrices à l’école (nouvelle vigueur du mouvement de l’éducation nouvelle en Europe) et dans l’éducation populaire (développement très important des mouvements de jeunesse) jusque la Résistance (pendant la deuxième guerre mondiale).

Ce moment de rénovation pédagogique entraîne dans son sillage à nouveau une pratique étendue d’enquêtes : dans les organisations ouvrières, dans l’éducation populaire et dans les pédagogies alternatives.

Dans les organisations ouvrières par exemple les organisations féminines chrétiennes » durant la première moitié du XXème s. utilisent les cercles d’étude à la base de la formation syndicale. Dans ces cercles d’étude syndicaux, les militantes des syndicats préfèrent la formule de l’enquête qui d’une part leur paraît davantage susceptible de fonder la discussion sur des conceptions plus nettes et plus pratiques d’autre part, offrant l’avantage de tenir en haleine les membres du cercle entre deux sessions. Toutefois pour être efficace, l’enquête doit aborder une question simple touchant à un problème concret vécu par les travailleuses. Pour mener une bonne enquête, les animatrices des cercles estiment qu’il faut écarter les problèmes trop vastes et ne pas hésiter à poser des questions précises qui font appel à l’expérience concrète des travailleuses. Une bonne question peut se formuler ainsi « la loi sur le repos hebdomadaire est-elle observée dans votre quartier ? ». Il est nécessaire que l’enquête soit menée de manière à ce que les membres se renseignent le plus précisément possible sur la situation. Lors de la réunion, une première partie animée par la présidente du cercle permet d’exposer les grandes lignes du problème posé. Dans un 2ème temps, chaque membre divulgue les résultats de son enquête. La présidente intervient à nouveau et à l’aide d’une série de questions, dirige la discussion de manière à amener les participantes à résumer l’ensemble de l’argumentation qui a été présentée6.

Quand ce n’est pas l’enquête qui précède les cercles d’études syndicaux ici féministes, ce sont les questionnaires proposés à l’avance à l’auditoire sous la forme d’une question et les membres ont une ou deux semaines pour y répondre. A la réunion suivante chacun apporte sa réponse et après une présentation générale de la présidente du cercle une discussion suit. Cette façon de procéder, semble bien adaptée à un auditoire peu entraîné à poser un problème et à le discuter en groupe.

Dans l’éducation populaire c’est l’héritage de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) ! Ce mouvement d’éducation populaire, veut partir du savoir ouvrier dans tous les registres et l’aider à monter en généralité avec des experts acceptant cette démarche. Une forte attention est portée au milieu de vie (travail et quartier), à la transformation sociale ici et maintenant.

Trois ans après la JOC, la JAC est créée en 1926 par le chanoine Cardyn7 qui propose le « voir-juger-agir » à la recherche d’une pédagogie de masse contre la pédagogie des universités populaires marquées par le modèle classique des intellectuels qui allaient au peuple mais aussi contre la pédagogie de groupe version Sillon (chrétiens progressistes) parce que les réflexions ne débouchaient pas toujours sur action. « Voir juger agir » c’était une prise de position : la culture, l’action culturelle doit s’enraciner dans la vie, s’affirmer par une réflexion éthique, et s’enrichir par l’action solidaire. Le courant soutenu par les dominicains (contrairement à celui d’inspiration cléricale) s’attachait à mieux connaître les déterminants et les potentialités du milieu pour agir en solidarité avec les forces sociales indépendamment des directives de la hiérarchie écclésiastique. Lors de la naissance de la JAC, il sera posé en principe que, pour être agréé, un groupe devra avoir effectué une enquête sur son village. Aujourd’hui encore le MRJC met en application cette tradition. Des enquêtes sur des thèmes de préoccupation pour les jeunes sont proposées, puis des rencontres débats permettent de réunir tous les matériaux et de les transformer en propositions d’action. Un journal diffuse les fruits de ces travaux dans tout le pays et les groupes organisent la pression sur les décideurs à partir de ces outils.

Pierre Deffontaines géographe français proche du scoutisme lança dans le scoutisme la « promenade enquête géographique » (parution en 1934 de la brochure « guide du voyageur actif »). Il rencontre Robert Garric et s’implique dans le mouvement que ce dernier a créé de la culture pour tous, « les équipes sociales ». Les équipes sociales de Robert Pessin-Garric se distinguent de l’action du Sillon développée dans un sens plus social et politique8. Leurs membres ne sont pas marxistes…et de souhaite pas de visée syndicale ou politique. C’est un mouvement chrétien d’échange fondé entre 1919 et 1921 pour l’éducation mutuelle entre universitaires bourgeois et jeunes ouvriers, où l’échange d’expériences prévaut sur l’exposé scolaire. Ces confrontations visent l’accès à une prise de conscience sociale, une ouverture à la prise de responsabilité civique9. Ces équipes travaillent au rapprochement des classes par l’échange, le travail en commun…. Robert Garric en 1919 veut conserver l’amitié née dans les tranchées entre hommes de toute condition, et lance les équipes sociales. Ces cercles d’études témoignent de l’importance attachée aux méthodes (à la suite des réflexions sur les universités populaires sur la manière d’enseigner). Il ne s’agit effectivement plus de cours mais de cercles où chacun peut s’exprimer, échanger, apprendre. Les hommes sont égaux quelle que soit la manière dont la vie les a formés, par l’étude ou par l’expérience, et chacun d’eux détient une « culture ». Le petit guide écrit par Deffontaines, président des équipes sociales, servira aussi à l’étude du milieu dans les cours d’Uriage, puis leur principe sera repris par les CEMEA « La promenade Deffontaines » pour étudier ces micro-réalités sociales que constituent une ferme, un village, une usine, un centre d’apprentissage, voire un quartier urbain en état d’insalubrité,…

A l’école d’Uriages, Institution d’Etat dépendant du secrétariat général à la Jeunesse, créé en 1940, devenue, après sa suppression par le gouvernement Laval, laboratoire de recherches civiques et sociales autant qu’expériences pédagogiques, sont proposées des stages d’entraînement physique, intellectuel et moral (c’est là que s’invente la méthode d’entraînement mental avec notamment Dumazedier). L’ethnologue Chombard de Lauwe10, lié au mouvement syndicaliste et ajiste (mouvement des auberges de jeunesse) y a repris et élargi l’exercice de la promenade-enquête géographique inauguré par Pierre Deffontaines avec les scouts et en a fait une méthode d’enquête sociale en équipe propre à faire « retrouver la France » dans la diversité de ses composantes sociologiques pour mieux ressaisir son unité.

Dans les pédagogiques scolaires critiques on retrouve aussi la pratique de l’enquête. Une variante du furetage (présent dans l’idéal de l’éducation ouvrière11) est pratiquée au travers de la classe-promenade de Freinet. Cette pratique est une révolte contre la séparation, fermeture de l’école, la dévalorisation de l’expérience, du vécu, du milieu d’origine des élèves.

La classe-promenade (1922), est « l’étude du milieu local ». En 1922, Freinet, alors instituteur à Bar-sur-Loup (1920-1928), visite l’école d’Altona, un faubourg de Hambourg ; là, sous la direction de Heinrich Siemss, il voit une école sans autorité, sans discipline, où se pratiquent des « promenades scolaires », où existe un matériel scolaire abondant et spécialisé ». L’enfant est et doit être enraciné dans le milieu naturel et social (traditions, mentalités, exigences sociales, y compris celles de l’institution scolaire avec ses programmes). Chaque début d’après-midi, les élèves prennent leur crayon et leur ardoise, et partent explorer leur milieu dans des « promenades scolaires ». De retour à l’école, ils écrivent leurs impressions dans de brefs compte-rendus. Ils font des visites chez les artisans. L’un de ses buts est de donner à tous les enfants  » une idée générale de tous les arts et métiers, des matières premières (minérales, végétales et animales), des outils et des machines « .

La troisième période d’effervescence au niveau des enquêtes est soulevée par la tempête libertaire des années 1960-1970

Plusieurs courants s’en emparent à nouveau :

Le courant maoïste qui prône des enquêtes pour connaître les réalités sociales ouvrières (contre la théorisation sans connaissance des conditions de vie des classes populaires) et qui va donner naissance à la démarche des Etablis dès 1967 (dont Robert Linhart) à l’UJC-ml.

Pendant les événements internationaux de 68, une variante des démarches d’enquêtes est expérimentée sur les savoirs-faires militants. Nés pendant les événements de 68, les cahiers de Mai ont relayé jusqu’en 1974 des mouvements importants. Les démarches des enquêtes des Cahiers de Mai incarnent un « idéal d’enquête venue du bas ». Ces cahiers vont couvrir par exemple toute la lutte chez LIP à Besançon pour la faire connaître et en tirer des enseignements pour les autres mouvements). Des enquêtes sont réalisées à la Poste au tournant des années 1960 : on y entend les employés écrire ensemble une pétition (commentaire par deux anciennes de Cahiers : Michèle Goalard et Geneviève Debecot). Les fonds sont consultables à Nanterre pour ceux que cela intéresse et tout à fait accessibles.

Parallèlement dans l’éducation populaire, le Centre de culture ouvrière ouvert en 1954 par la JOC comme association d’éducation populaire se veut au service du monde du travail, de la promotion personnelle et collective. En 1956, est lancée (initiative JOC) une grande enquête nationale auprès des jeunes travailleurs dans le contexte de forte mobilité de la population des campagnes vers la ville. Pour traiter cette migration intérieure, de nombreux foyers d’hébergement et de loisirs pour jeunes travailleurs sont créés…

Un peu plus tard (entre 1959 et 1974) en lien avec des associations d’éducation populaire (Peuple et Culture, Kris Marker conseiller d’éducation populaire, et culture et liberté) une autre vague d’enquêtes cette fois qui prend le support de la vidéo s’ouvre : l’expérience du Centre Culturel Populaire de Palente-les-Orchamps (CCPPO) et les groupes Medvedkine à Besançon et Sochaux, accompagnés au départ par Chris Marker, Conseiller Technique et Pédagogique Cinéma (à Jeunesse et Sports)12. L’histoire du CCPPO est attachée à quelques personnages plutôt libertaires et rebelles aux embrigadements qui prennent au sérieux la question de la promotion sociale par la culture à Besançon. En 1967 naît l’expérience des groupes Medvedkine (inspiré du train cinéma populaire d’A. Medvedkine en URSS) au CPPO, à partir de la très longue et dure grève de la Rhodiaceta, branche textile du groupe Rhône-Poulenc. Plusieurs long métrages amorceront cette expérience de cinéma ouvrier, d’abord par des cinéastes puis par les ouvriers eux-mêmes jusqu’en 1974, parce qu’« Il existe en effet des tas de films sur les pingouins, mais celui qui reflèterait le mieux les conditions de vie des pingouins serait un film fait par les pingouins eux-mêmes »,. Le groupe Medvedkine de Sochaux en fera autant sur la grève de 68 à Peugeot et plus particulièrement avec les jeunes travailleurs sur le mensonge des propositions alléchantes d’embauche adressées aux jeunes du grand groupe.

Mais c’est finalement d’Amérique latine que viendront les principales réflexions novatrices sur la notion d’enquête et surtout une mise en pratique de cette méthode à une échelle inégalée avec Freire et sa pédagogie des opprimés (courant à l’origine du parti des travailleurs). Entre 1962 et 1964, 2 millions d’hommes et de femmes s’emparent de cette méthode au Brésil.

En France, l’influence de Paolo Freire s’est sentie au cours des années 1970 dans le travail des groupes d’alphabétisation des foyers de travailleurs immigrés, au centre expérimental universitaire de Vincennes en 1969, dans les idées d’associations comme Accueil et Promotion, de courants politiques comme Objectif socialiste ou les Groupes d’actions municipale (GAM), mouvement d’éducation populaire, et enfin de centres de formation comme l’INODEP. Leurs pratiques les rapprochent de la mouvance autogestionnaire, dans laquelle ont peut alors également placer la CFDT, le PSU, etc.

Elle se ressent aussi dans les premières formations de travailleurs sociaux, grâce à l’apport de Saül Alinsky. Ce dernier inspiré par Freire entre autres, forme aux Etats-Unis des animateurs communautaires à mobiliser les classes populaires dans leurs revendications à partir de problème de logement. Ce rôle de conscientisation vers l’action collective sera repris dans les premières formations en France du travail social, les étudiants iront réaliser des enquêtes conscientisantes dans les quartiers pour mettre en œuvre une action sociale collective (bien différente du travail social d’assistanat individuel auquel ils sont formés aujourd’hui par les dispositifs).

Après la Loi sur la formation professionnelle dans le cadre de l’éducation permanente (1971), une association d’éducation populaire, Culture et Liberté s’empare même de l’enquête pour défendre une conception libre de la formation. Leur « enquête participation » est proposée fin 1970 aux Comités d’Entreprise pour fabriquer des plans de formation à partir des attentes des salariés. Cette méthode sera reprise ensuite dans les actions d’urbanisme.

Le quatrième temps est une renaissance des expériences d’enquête avec les années 1990 et le retour de la conflictualité sociale

Après l’accession de la gauche au pouvoir en 1981, le recul général des idées révolutionnaires, la satellisation des courants critiques par le Parti Socialiste et l’intégration des associations dans le système institutionnel ont quasiment fait disparaître cette nébuleuse, même si le PC a tenté de reprendre aussi le flambeau fin des années 1970, début 1980 (campagne des cahiers de lutte). De leur côté, des associations comme ATD-Quart Monde réaliseront un travail formidable sur la réappropriation de la parole, qui reste un modèle du genre. Mais celui-ci ne débouchera pas, entravé par l’a-politisme de plus en plus marqué d’une association avant tout caritative et son orientation exclusive vers le sous-prolétariat et les milieux marginaux.

Il faudra attendre les années 1990 pour voir des militants se réapproprier implicitement ou explicitement la notion d’enquête et les méthodes de travail qu’elle implique. Le livre de P. Bourdieu. La misère du monde (Seuil, 1993) est emblématique de cette sensibilité.

Ces méthodes redeviennent des outils d’intervention dans les ouvriers des foyers immigrés de la région parisienne.

Depuis 1992, Moderniser Sans Exclure conduit une recherche/action utilisant le support vidéo, intitulée : auto-médiatisation. Dans cette démarche d’enquête, le film n’est pas une fin en soi, ni un produit à consommer. C’est un support permettant à des groupes de personnes de s’exprimer ; à des structures qui le souhaitent d’améliorer leur fonctionnement et à des responsables de re-examiner leurs marges de liberté et de responsabilité, à partir des points de vue des groupes producteurs. L’outil vidéo est un moyen qui invite ceux qui témoignent et ceux qui écoutent à confronter leurs représentations et à analyser leurs pratiques. (Site Internet à l’adresse : http://msesud.free.fr.)

A la FFMJC (fédération française des maisons des jeunes et de la Culture), à la faveur d’une réflexion sur l’éducation populaire, la préparation d’universités d’été démarre en 1997 avec la réalisation d’enquêtes participatives ou enquêtes sensibles (de 1997 à 200013) sur différents axes proposés par l’équipe fédérale : l’école, le travail, l’espace public,… Chaque année des équipes multi-acteurs (adhérents, professionnels, élus, techniciens…jeunes et moins jeunes) viendront restituer le fruit de leurs enquêtes (avec différents supports : rap, vidéo, …) à des intervenants (sociologues, économistes, politiques…) qui réagiront à leurs travaux. De cette vaste tentative de refaire de l’éducation populaire par les enquêtes, naîtra aussi l’offre publique de réflexion sur l’avenir de l’éducation populaire entre 1998 et 2000, à l’initiative du Ministère de la Jeunesse et des sports (plus de 420 groupes en France s’empareront de cette offre de critique politique).

La SCOP le Pavé est née elle-même d’une recherche-action qui partait d’une enquête sur nos indignations respectives dans différents secteurs (solidarité internationale, travail social, éducation populaire et animation jeunesse). Au Pavé lors de l’anniversaire de 1968, l’équipe propose à des jeunes pendant leur séjour au travers d’une exposition débat, des enquêtes à mener par les jeunes (CCAS EDF) à partir des thèmes de revendication de 68.

Enfin, en 2009 s’est aussi créée la Coopérative pour la Nouvelle Education populaire qui se présente comme un mouvement d’éducation populaire alternatif dans ses démarches et ses buts, qui cherche comment développer des pratiques locales et globales alternatives, avec toute la société civile et prioritairement avec les dominé-e-s. « La CEN se conçoit comme un outil de la participation directe des habitants(tes), citoyens(nes) “de base” en bref de la société civile et d’abord des dominés, les plus nombreux, -à la formulation des problèmes qui les concernent-à l’action démocratique en assemblées locales pour des solutions d’intérêt général y compris en prenant pouvoir sur l’économie et sa relocalisation à la construction des savoirs conçus comme instruments d’action et non objets d’expositions et de domination symbolique- à la circulation des expérimentations qui inventent ». La C.E.N. propose ses séminaires annuels (sur le « budget participatif », communal, la démocratie « générale », « directe », co-décisionnelle »),
des animations (jeux de simulation, formations aux jeux de coopération, pour l’aide aux devoirs, pour la transformation des éducation scolaire ou populaire), des Rencontres d’été à la coopérative ouvrière de Caracoles de Suc en Ardèche14 et des cafés rencontres participatifs, sans exposés magistraux (pour permettre aux citoyens et acteurs locaux de confronter des expérimentations sociales et écologiques pour un monde meilleur). L’expérience lancée par la CEN présente l’originalité de vouloire colporter des expérimentations éclairantes et les outils de « conscientisation » jugés pertinents. Les thèmes des cafés révèlent un grand éventail de questions politiques : du nombre de chômeurs lié à la récession, en passant par le réchauffement climatique, les questions de logement, de santé, la compréhension de la crise financière, comment se faire entendre, quelle redistribution des richesses, quelle production culturelle, faire la fête autrement, etc. L’étendue des outils est tout aussi large, des médias alternatifs aux expériences écologiques. La coopérative puise dans l’éducation nouvelle et les expériences historiques de l’éducation ouvrière, ainsi que l’écologie sociale. André Duny à l’université d’été de la coopérative de la nouvelle éducation populaire propose des enquêtes action (cf annexe) dans le Sud de la France, expérimentées à partir du groupe ATTAC de Valence.

Sur la question de la consommation, des associations font aussi un énorme travail d’enquête (par exemple sur les conditions de travail à l’étranger de produits textiles :10 cents l’article, temps de travail des ouvrières compté en 10millième de seconde !), comme dans le cadre de la campagne du collectif « éthique sur l’étiquette ».

Un collègue de Tony à Tours, Jérôme Guillet, propose aussi après son spectacle sur la consommation de mener des enquêtes dans les temps de la consommation pour faire des élections de supermarché : l’emballage le plus polluant et le produit le plus inutile ! (http://www.dailymotion.com/video/x22bd4_la-matiere-attaque_fun)

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Préparation des expérimentations

Préparation individuelle des doutes et certitudes sur l’outil (5 minutes)

Pause

Tour de table, recueil des doutes et certitudes de chacun

 

Quant à l’enquête de Marx du matin

 

Ou à l’exposé historique des enquêtes

 

Ou à l’enquête à réaliser sur place dans l’environnement proche

La conscientisation. L’enquête

Doutes Certitudes
réciprocité dans la relation, trouver la bonne posture

 

comment mettre tout ce qu’on sait dans le questionnaire, faire en sorte que ce soit un moment d’échange, une co-conscientisation

 

par rapport à notre cohérence, risque de ficeler les choses

 

représentativité des réponses ?

 

la question des perspectives

 

Les suites ? en quoi c’est vraiment un outil de mobilisation et comment on en fait des revendications ?

 

la relation enquêté/enquêteur fait forcément dépasser les réponses de première intention

 

avec un questionnaire cohérent, on doit pouvoir donner l’envie de dépasser le constat

 

forme pertinente parce qu’elle évite l’idéologie

 

former l’enquêteur plus que l’enquêté

 

Proposition de terrains d’enquête

En janvier 2010 à Rennes les terrains d’enquête étaient les suivants :

 

des habitants d’un quartier populaire (au Blosne) autour d’un conflit d’usage de l’espace public (place d’Italie)

 

Les personnels soignants à l’hôpital psychiatrique sur le vécu de la démarche qualité (en vue de fabriquer une conférence gesticulée sur le thème du management et de la démarche qualité)

 

transmettre des savoir-faire de lutte +/- radicale avec des militants syndicaux, politiques et du mouvement social (NPA, CFDT, du Mouvements des Chômeurs et précaires en lutte).

 

Pôle emploi : le travail vécu et subi par le personnel

Questionnaires ci-joints pour découverte si cela vous intéresse.

Liste des enjeux, choix des terrains et constitution des équipes

Après offre des participants les terrains suivants sont choisis par les groupes pour enquêter dans l’environnement proche du lieu de stage :

 

L’autogestion

 

Le travail, est-il utile ? le travail idéal ?…

 

L’opposition entre publics classes populaires et enseignants en lycée professionnel 

 

Comment les choses changeront ? Violence, radicalité, jusqu’où irons-nous ?

 

Le déclic d’un changement personnel, la transition au quotidien

Préparation des questionnaires et prises de contacts

Echanges et conseils. Recherches sur le thème, les situations-problèmes et les institutions concernées. Fabrication collective des questionnaires en se posant toutes les questions de légitimité, de public, de lieu, de la conscientisation, vers l’action.

 

Problématique (c’est quoi le problème que l’on veut soulever avant de se jeter dans le questionnaire) ?

 

fabrication collective du questionnaire

 

lieu et contacts de l’enquête

Expérimentation sur site

Passation des questionnaires

Sur les 5 terrains

Première exploitation

Dépouillement en groupe :

Ressenti de la matinée ?

Questions de posture ?

Le questionnaire était-il pertinent par rapport au sujet que vous vouliez soulevé ?

Mise en commun

Apports sur les questions de posture, l’entraînement mental pour complexifier les points de vue

Modification, amélioration du questionnaire d’enquête

En petites équipes d’enquêtes soigner la partie « pistes d’action » du questionnaire, son débouché, son atterrissage

Prise de nouveaux contacts

Expérimentation à nouveau

Matinée

Passation des questionnaires

Après midi

Restitution du fruit des enquêtes

Cartographier le cadre de l’enquête  Analyse de contenu des réponses en vue d’une restitution Pistes d’action
choix du thème, du questionnaire, du lieu, déroulement, qui combien, observations, méthode, forme Avez-vous appris quelque chose sur le sujet ?Que pensez vous avoir provoqué chez les interviewés ? exprimées ou sous-entendues voire même celles présentées comme inopérantesCelles des interviewés et les vôtres

Restitution des points clés de chaque enquête

Retour des enquêtes :

Sur le cadre

 

penser sa présentation, quels mots utiliser ?

 

intention de départ claire pour pouvoir l’expliquer aux enquêtés

 

s’impliquer subjectivement

 

entretien à 1 ou à plusieurs ?

 

division du travail chez les enquêteurs (un qui mène l’entretien, l’autre qui prend des notes)

 

la question de l’enregistrement

 

choix du lieu : prise de rendez-vous ou recherche d’un enquêté au hasard

 

occasion d’aller aux endroits où on irait jamais

 

prétexte pour créer des contacts incongrus

 

histoire des classes sociales

 

contenu du questionnaire

 

partir de la situation de la personne, de sa réalité concrète

 

aidant de poser des questions comme le métier (par rapport au travail). Questions informatives qui servent d’accroche du début : mettre en confiance en disant qui on est (se livrer) et qu’est ce que va faire des réponses

 

s’enquêter avant entre nous

 

leur demander de nous donner le nom du contact suivant

 

partager les réponses précédentes au questionnaire

 

avoir toujours en tête l’action collective

 

l’enquête est une action elle-même

 

donner un espace pour renvoyer une question aux intervieweurs

 

dernière question : carrément proposer d’être informé des suites (mails, contact)

 

de l’intime au général, de l’individu au collectif qui crée une forme d’engagement

 

ne pas annoncer qu’on fait une enquête de conscientisation

 

questions ouvertes qui n’induisent pas les réponses

 

questions connectées au vécu

 

importance de l’environnement pour définir l’outil : pour une enquête dans la rue, le questionnaire progresse du général vers l’intime

 

rassurer sur le fait qu’il n’y a pas besoin d’être expert pour répondre

 

questionnaire « non formel » par thèmes avec questions précises

 

Ajustement des questions au fur et à mesure des entretiens

 

Questions précises mais inattendues. Questions simples sur un sujet complexe et faisant référence au vécu

 

Durée des entretiens : dans la rue : 20 mn, en rendez-vous : 1H à 1H30

 

Prise de note rapide ou complète liée à ce qu’on a décidé de faire de la matière, avec une case « pépite » (pour prendre l’intégralité d’une phrase forte)

 

Contester l’idée que le nombre fait objectivité, le quantitatif c’est le marché (la démocratie parlementaire)

Sur le contenu

Travail d’analyse du CONTENU à partir du fruit des enquêtes (grilles de matières prises et enquête action). Le but : pouvoir restituer l’enquête aux principaux intéressés

A ce stade il s’agit de débroussaillage (et non d’exploitation) des enquêtes en vue d’une restitution. Dans le cadre de cette initiation, nous n’avons pas les moyens de porter une analyse approfondie sur ce qui est dit, il s’agir par contre de restituer le contenu en l’organisant comme s’il devait être restitué à ceux qui ont été enquêtés (ici aux collègues stagiaires), que tout le monde puisse comprendre par rapport au thème de questionnaire retenu, quelles ont été les réponses des enquêtés. Comme tout exercice de compte rendu d’un atelier, en faisant précéder le récit du cadre de l’enquête (objectif de départ, combien, qui, où, comment…?), en mettant en lumière le cas échéant les réponses qui nous paraissent divergentes et les points communs qui se dégagent, et le cas échéant les pistes d’action évoquées.

Ici la mise en commun des contenus des enquêtes s’est réalisée autour de la question qu’avez-vous appris sur le sujet ?

Sur les pistes d’action, les suites

 

Faire réécrire le questionnaire pour leur reproposer

 

Fabriquer le questionnaire avec les élèves

 

Que des profs et des élèves soient à l’origine des projets

 

Plus d’animation avec les élèves

 

« ça fait du bien, on avait jamais réfléchi à ça »

 

voir comment on fait circuler la parole

 

prendre un peu de recul

 

Sortir d’une routine syndicale, utiliser les enquêtes comme outil syndical et développer des structures d’action

 

Fournir des pistes : savoir quoi faire en cas d’arrestation (stages désobéissants)

 

Informer : ignorance des choses qui se passent

 

Action collective : aller voir l’UNSA pour travailler les enquêtes avec eux, sur le management, l’organisation du travail, les gens se retournent la violence au travail contre eux

 

Idem à la CGT ils sont prêts pour faire un stage sur les enquêtes

 

Péter la gueule à Sarkozy

 

Sortir tout le monde du Leclerc et faire péter les vitrines du magasin pour faire pression sur les propriétaires, jusqu’à ce qu’ils cèdent

 

Faire le lien entre plusieurs thèmes d’enquêtes pour arriver à quelque chose de conscientisant (cf le travail, le changement : l’autogestion et la lutte radicale)

 

Enrichir nos questionnaires, autour de questions proches

 

Creuser une entreprise, faire des moments communs, interview

 

Renvoyer le fruit de nos enquêtes aux gens et bosser sur ces questionnements dans nos collectifs

 

continuer les enquêtes pour mobiliser plus largement ouvrira sur la création de collectifs

 

faire l’enquête avec ceux qui sont concernés, que les interviewés deviennent intervieweurs : les accompagner dans la fabrication de questionnaires

 

utiliser les enquêtes dans mon collectif associatif

 

utiliser les enquêtes sur la transition pour faire émulsion

Sur la conscientisation et le passage à l’acte

« La fureur n’est en aucune façon une réaction automatique en face de la misère et de la souffrance en tant que telles ; personne ne se met en fureur devant une maladie incurable ou un tremblement de terre, ou en face de conditions sociales qu’il paraît impossible de modifier. C’est seulement au cas où l’on a de bonnes raisons de croire que ces conditions pourraient être changées, et qu’elles ne le sont pas, que la fureur éclate », Hannah Arendt15.

Le monde ne se donne pas à lire tout cru

Au contraire le pouvoir fait en sorte de semer de la confusion dans les esprits, de mélanger les responsabilités, de les renvoyer aux individus eux-mêmes !

Il y a possibilité d’une émancipation à condition de rompre avec l’ordre établi qui se donne toujours à voir comme naturel et allant de soi, ce que Bourdieu nomme la subversion cognitive16. Cette marge, ce choix –possible ou impossible, probable ou improbable selon les circonstances–est limitée par ce que nous savons des structures de notre environnement.

Comme dans l’anthropologie matérialiste de Marx, l’enquête s’enracine dans la réalité sociale vécue parce qu’on défend le lien qui unit conscience et vie pratique ou productive. « La pensée doit avoir pour source vive une action sur le monde 17». Avec Freire, la conscience de l’être humain est conçue comme incarnée et historiquement construite. Dans cette perspective la conscience est indissociable d’une situation, l’ensemble de l’« espace de vie » des personnes et des groupes, ici notamment des oppressions qu’ils vivent ou ont vécues. La première étape de l’enquête consiste donc à mettre des mots sur les indignations ressenties, vécues par les interviewés en trouvant le chemin qui leur autorisera cette parole (détour par le métier, le parcours, l’évolution de la société…). Le langage démultiplie une certaine forme de réflexivité du sujet sur son action, sur lui-même et le contexte de l’action. Pensée et conscience sont déterminées par les activités réalisées avec d’autres. Notre conscience se forme par les relations avec les autres. Vygotski, psychologue russe (1934), a théorisé l’apprentissage par le groupe : « la pensée et la conscience sont en grande partie le résultat des activités réalisées par le sujet avec ses proches 18». Cette appropriation advient si les points de vue ne sont pas ni trop éloignés, ni trop faiblement assurés, pour susciter une confrontation (conflit socio-cognitif). On ne s’émancipe pas tout seul. La Trouvaille attribue un rôle déterminant aux activités collectives a contrario de la tendance des démocraties bourgeoises à s’adresser à des individus atomisés.

Le monde est chaud !

Ajoutons que cette conscience a trait à l’homme tout entier, avec son corps, sa sensibilité, ses croyances, et pas seulement ses idées et ses actes. Le ressentir conditionne notre conscience. Les travaux de Damasio19 démontrent l’étroite articulation de la raison et de la sensibilité dans la conscience. La vie affective est au fondement de tous les modes intentionnels de la subjectivité. Contrairement à plusieurs théories politiques qui ont traité de l’affectivité sur le mode de l’étranger et d’une régression, C. Meyor signale que ‘le monde ne peut précisément nous être donné que comme ce qui nous touche et nous émeut.’ C’est ce que de récents travaux en sociologie politique (comme ceux de C. Traïni en France sur la place des émotions dans l’engagement20) commencent à creuser sous l’impulsion de certains précurseurs (anthropologues français et sociologues américains proches du pragmatisme) : l’affectivité (désir, sensibilité) n’est pas annexe (en ajoutant des moments ponctuels d’excitation ou d’émotion), elle est « le fond participatif de toute expérience humaine mondaine (…) Le monde vécu est chaud, froid, attrayant, repoussant21 ».

L’attribution de responsabilités une nécessité pour l’action collective 

Un des facteurs de passage de la conscience critique à l’action collective nous paraît concerner la question de l’attribution de responsabilités.

Ce qui correspond à une des conditions de l’action collective dans la théorie de la mobilisation22. Pour Kelly l’action collective dépend de la conjonction de cinq facteurs (injustice, attribution, identité, protection, leadership). Attribuer une responsabilité, pouvoir adresser un reproche à quelqu’un. Le premier acte d’un groupe à mobiliser consiste donc à instruire les injustices pour chercher des responsabilités. Felstiner, Richard L. Abel et Austin Sarat 23 proposent une trilogie pour rendre compte de la mise en langage de la protestation : « naming, blaming, claiming ». Nommer, c’est trouver les mots qui donnent une situation pour problématique, injuste et non naturelle. Blâmer, c’est faire jouer une logique d’imputation, identifier des causes et des coupables. Réclamer, c’est traduire en revendications et actions la réponse au malaise identifié. Ce recours au langage comporte une dimension d’argumentation en apportant les mots, les classements, les explications qui ordonnent le monde. En désignant des causes et des responsables, la dimension symbolique est aussi normative. Elle dit le bien et le mal, le nous et le eux et comporte aussi par là une composante identitaire. Enfin, en rendant possible la formulation des griefs et des demandes, elle ouvre un registre expressif.

E. Renault24 montre que c’est dans le cas où est associé un vécu d’indignation, cette dimension normative (justification, argumentation, luttes symboliques– qui explicite le cadre de telles activités transformatrices afin d’en établir la légitimité), que l’expérience d’injustice ouvre une dynamique pratique : activité dirigée vers la transformation d’un contexte représenté comme injuste. Puisqu’il ne s’agit pas d’infortune mais d’injustice, la première tâche à laquelle peut s’appliquer l’enquête : établir la légitimité de la colère (la fonder) et attribuer des responsabilités, puis ensuite viendra le temps des stratégies (comment transformer ?).

Qu’est ce que vous avez appris sur vous-mêmes ? En « Paroles boxées »

Une prise de parole par personne : retour sur le vécu subjectif et critique de l’outil

« qu’est ce que ça a provoqué chez vous ?

En quelques traces :

 

c’est plus difficile de poser des questions

 

que j’étais bourrée de préjugés sur le sujet

 

l’occasion de vraies discussions, où on peut aller au fond des choses

 

capacité à accueillir, retrouver un plaisir dans l’espace militant

 

ça m’a donné envie de me positionner

 

posture de sociologue, castratrice, l’enquête invite à un autre mode

 

question de posture j’ai été un peu désarçonnée

 

retrouver un collectif de travail

 

regret de ne pas restituer ce qui a été dit dans les entretiens

 

préfère le terme d’entretien à celui d’enquête

 

je suis beaucoup dans l’action et déteste la réunion, c’est quelque chose que je vais continuer à faire

EN ANNEXE :

– le questionnaire de Marx réécrit en 36 questions

– le questionnaire original de l’enquête ouvrière de Marx

– des questionnaires préparés par des stagiaires précédents

– l’enquête action (C.E.N.) d’André Duny

– la présentation de Moderniser sans Exclure

– l’enquête participation (Culture et Liberté), de Masson

Voir les articles suivants sur le site le-militant.org

– http//www.le-militant.org./remu/conscientisation.htm

http://www.le-militant.org/praxis/enqueteetconscientisation.htm

http://www.le-militant.org/praxis/pourunenenquete.htm

http://www.le-militant.org/praxis/conceptionsocialiste.htm

http://www.le-militant.org/praxis/contreleculte.htm

http://www.le-militant.org/praxis/actuenquete.htm

http://www.le-militant.org/praxis/enqueteouvriere.htm

http://www.le-militant.org/praxis/deuxautres.htm

Collette Humbert « Conscientisation. Expériences, positions dialectiques et perspectives » (éd. L’Harmattan)

Collectif de conscientisation, cf le site internet http://www.cqc.qc.ca/

1 Didier LAPEYRONNIE. Limites et perspectives de la démocratie politique dans une société complexe. Actes des Rencontres pour l’avenir de l’éducation populaire. 5 et 6 novembre 1998. Editions Ellébore. 1999. p 33

2 Colette Humbert. La conscientisation. Expériences, positions dialectiques et perspectives. L’harmattan. INODEP. Document de travail/3. 1976. Epuisé.

3 Christian Maurel. Les cahiers de doléances et les Etats Généraux de 1789 : un grand moment social, politique et d’éducation populaire. 6 février 2010. Article publié sur le site de l’Offre Civile de Réflexion sur l’Education populaire. http://www.mille-et-une-vagues.org/

4 J. Carre, J.P. Revauger. Ecrire la pauvreté. Les enquêtes sociales britanniques aux XIXe et XXe siècles. Logiques sociales. Travail Social. 1998

5 F. ELMIR. Education ouvrière dans la première internationale. 1864-1870. Editions SIRESS. 2005

6 BRUCY Guy, LAOT F., de LESCURE Emmanuel (sous la dir.). Mouvement ouvrier et formation. Genèses : de la fin du XIXè siècle à l’après Seconde Guerre mondiale. Paris. GEHFA. L’Harmattan. 2009

7 J.-F. Chosson, L’entraînement mental : une histoire au sein de l’histoire, Pratiques de formation (analyses) « De la critique en éducation » Formation permanente Université Paris VIII. N°43 – mars 2002.

8 Caceres op. cit. p 81

9 Helluwaert, « Pour l’éducation populaire » op. cit. p 31

10 Chombart de Lauwe Paul-Henry. Pour retrouver la France Enquêtes sociales en équipe. Editions De l’école Nationale des Cadres d’Uriage. Collection Le Chef et ses Jeunes. 1941.

11 Le « furetage », préconisé par l’école du travail dans la pensée ouvrière du 19ème siècle,est repris par les socialistes des années 1840-1848

12 Les cahiers des Amis de la Maison du Peuple N°5 de mars 2003 « La véridique et fabuleuse histoire d’un étrange groupuscule : le C.C.P.P.O. » par Micheline Berchoud et le coffret « Les groupes Medvedkine » aux éditions Montparnasse, ainsi qu’un livret établi par l’équipe d’ISKRA. 2006.

13 Actes des universités d’été de l’éducation populaire disponibles à l’INJEP

15 « Crises of the Republic ». 1969. Cité par Christophe Dejours. « Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale. ». L’histoire immédiate. Seuil. 1998. p 7

16 P. Bourdieu, « Propos sur le champ politique », Presses Universitaires de Lyon, 2002, p 17

17Geneviève DEFRAIGNE TARDIEU. L’université populaire Quart Monde. La construction du savoir émancipatoire. Thèse en sciences de l’éducation. Laboratoire Experice. Sous la direction de René Barbier, université Paris VIII. Soutenue le 3 octobre 2009. p 131

18 Michel Grangeat. « Lev S. Vygotsky ». Eduquer et former. Sciences Humaines. 2ème édition. 2001, p 103

19 Antonio R. Damasio. Le sentiment même de soi. Corps, émotions, conscience. (parution 1999. New york et Edition Poches Odile Jacob 2002

20 C. TRAINI, « Les dispositifs de sensibilisation et les jeux d’émotions au cours des mobilisations collectives », séminaire général, CRAPE, intervention IEP de Rennes, 9 novembre 2007

21 L’affectivité en éducation – pour une pensée de la sensibilité, De Boeck, 2002

22 Kelly J. (1998), Rethinking industrial relations : mobilization, collectivism and long waves, Routledge, London & New York

23 Felstiner, Abel et Sarat : « L’émergence et la transformation des litiges : réaliser, reprocher, réclamer », (naming, blaming and claming) revue POLITIX N°16 Causes entendues. Les constructions du mécontentement (1), quatrième trimestre 1991, presses de la fondation nationale des sciences politiques.)

24 Emmanuel Renault. L’expérience de l’injustice. Reconnaissance et clinique de l’injustice. La Découverte. 2004

Un commentaire

  • 18 mars 2017 at 10 h 53 min
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    If time is money you’ve made me a wealhtier woman.

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